Au cœur du Vieux-Nice, sur la place Rossetti animée par ses terrasses et ses odeurs de fleurs, se dresse l'un des monuments les plus emblématiques des Alpes-Maritimes : la basilique-cathédrale Sainte-Marie-et-Sainte-Réparate. Implantée au 3, place Rossetti, dans le quartier historique qui fut longtemps sous la souveraineté des ducs de Savoie, elle est le siège du diocèse de Nice et la plus importante église catholique de la ville. Son architecture baroque exubérante, son clocher élancé et son dôme couvert de tuiles vernissées multicolores en font un signal visuel immédiatement reconnaissable dans le tissu serré des ruelles niçoises. La cathédrale tire son nom de sainte Réparate, vierge et martyre du IIIe siècle dont la légende est indissociable de l'identité de Nice : selon la tradition, après son martyre en Palestine, son corps fut miraculeusement conduit jusqu'à la baie de Nice par une barque guidée par des anges, ce qui expliquerait la dénomination de la « baie des Anges ». Sainte Réparate est la patronne de la ville, et sa fête constitue encore aujourd'hui un temps fort de la vie niçoise.
L'édifice actuel, construit entre 1650 et 1699, est le fruit de plusieurs siècles de stratifications religieuses, architecturales et historiques. Classée monument historique en 1906 et élevée au rang de basilique mineure en 1949, la cathédrale Sainte-Réparate est un chef-d'œuvre de l'art baroque méditerranéen et un haut lieu de la mémoire collective de Nice
I. Histoire de la cathédrale Sainte-Réparate
A. Les origines
Le culte de sainte Réparate et les premières fondations
Sainte Réparate est une sainte chrétienne, vierge et martyre, originaire de Césarée en Palestine, morte vers 250 lors des persécutions de l'empereur romain Dèce, à l'âge de quinze ans selon la tradition. Son culte se répandit dans toute la Méditerranée occidentale, elle est également la patronne de Florence, et s'implanta très tôt dans la région niçoise.
Selon la légende hagiographique, son corps fut placé dans une barque tirée par des anges jusqu'à la baie de Nice, fondant ainsi le lien spirituel entre la martyre et la cité. Cette légende, relayée par un tableau présent dans la cathédrale, est constitutive de l'identité de Nice au même titre que sa situation géographique ou ses traditions culinaires.
C'est en 1078 que Raimbald Rostagni rapporta de Rome des reliques de sainte Réparate et fonda un oratoire au pied de la colline du Château, dans la carriera Draperium. Dès 1185, le chartrier de l'abbaye de Saint-Pons mentionne que le prieuré de Sainte-Réparate appartient à cette abbaye bénédictine. Au XIIIe siècle, l'église devient paroissiale (1246) et est progressivement agrandie pour répondre à la croissance de la population niçoise. Le culte de sainte Réparate était alors si ancré dans la dévotion populaire qu'on l'invoquait notamment pour protéger les fidèles contre la peste et le choléra.
Une première cathédrale sur la colline du Château
À cette époque, la cathédrale de Nice n'était pas encore l'édifice de la ville basse que l'on connaît aujourd'hui. La première cathédrale médiévale proprement dite, Sainte-Marie-de-l'Assomption, était implantée dans la ville haute, sur la colline du Château, dominant la cité. C'est là que résidaient l'évêque et le chapitre. En 1590, lors d'une cérémonie officielle présidée par l'évêque Pallavicini et en présence du duc de Savoie, l'église Sainte-Réparate de la ville basse fut officiellement désignée comme nouvelle cathédrale, en lieu et place de Sainte-Marie du Château, dont le déclin s'accélérait à mesure que les fortifications savoyardes envahissaient la colline.
Ce transfert de fonction cathédrale de la ville haute vers la ville basse marque un tournant décisif dans l'histoire urbaine et religieuse de Nice. Il consacre le déplacement du centre de gravité de la cité vers la plaine côtière, là où la population et les activités économiques se concentraient désormais.
B. Construction et évolutions
La grande reconstruction du XVIIe siècle (1649–1699)
L'église Sainte-Réparate, devenue cathédrale, était insuffisante pour accueillir dignement les fidèles d'une ville en pleine expansion et pour exprimer la puissance du diocèse sous la domination savoyarde. La décision fut donc prise d'entreprendre une reconstruction totale, confiée à l'architecte niçois Jean-André Guiberto (1604–1684). Les travaux débutèrent en 1649. Guiberto conçut un plan en croix latine surmonté d'une coupole à la croisée du transept, s'inspirant directement du modèle romain de la basilique Saint-Pierre (dans la forme que lui avait donnée Carlo Maderno au début du XVIIe siècle) et de l'église Sainte-Suzanne de Rome.
Le chantier fut ponctué d'épreuves. En 1658, la voûte de la nef s'effondra, causant la mort de l'évêque de Nice, Didier Palletis — drame qui interrompit les travaux pendant plusieurs années. La construction reprit en 1673 sous la direction de l'architecte Marc-Antoine Grigho, par ailleurs auteur du palais de Monaco, qui mena le chantier à terme. La nouvelle cathédrale fut solennellement consacrée le 30 mai 1699 par l'évêque Henri Provana de Leyni.
Les campagnes de construction ultérieures (XVIIIe – XIXe siècles)
Malgré la consécration de 1699, l'édifice n'était pas achevé dans toutes ses parties. Deux chantiers importants allaient compléter sa physionomie au cours des siècles suivants.
Le campanile (clocher isolé) avait été détruit en 1651 lors des travaux. Sa reconstruction ne s'engagea qu'entre 1731 et 1757, sur une période de vingt-six ans. Ce clocher baroque, aujourd'hui si caractéristique de la silhouette du Vieux-Nice, ne faisait donc pas partie du projet original de Guiberto.
La façade principale, quant à elle, avait été prévue par Jean-André Guiberto dès l'origine, mais elle ne fut réalisée qu'entre 1825 et 1830, dans le cadre des plans d'urbanisme définis par le Consiglio d'Ornato, l'équivalent savoyard d'un conseil d'embellissement urbain, après 1815. Cette façade fut érigée dans une teinte gris clair uniforme, qui sera remplacée plus tard par les couleurs chaudes que l'on observe aujourd'hui.
Après le rattachement du Comté de Nice à la France en 1860, le diocèse confia en 1898 aux architectes Léon Labrouste et Lucien Barbet une campagne d'embellissement et d'agrandissement. Entre 1899 et 1905, les deux bas-côtés furent prolongés de part et d'autre du chœur, et de nouvelles absides furent ajoutées (1900–1903). Un nouvel orgue fut également installé. Ces travaux donnèrent à la cathédrale sa physionomie actuelle telle que nous la connaissons.
Un événement tragique : l'incendie de 1989
En 1989, un incendie se déclara dans la chapelle intérieure Saints-Alexandre-et-Barthélémy, où une crèche avait été momentanément installée. La chapelle fut entièrement détruite et les reliques de saint Alexandre, martyr romain, qui y étaient conservées sous l'autel, furent perdues à jamais. Cet épisode dramatique rappela la fragilité des patrimoines intérieurs face aux risques d'incendie et conduisit à renforcer les dispositifs de sécurité de l'édifice.
II. Un monument remarquable
Le baroque méditerranéen comme langage dominant
La cathédrale Sainte-Réparate est un chef-d'œuvre de l'art baroque, style qui triompha en Europe catholique tout au long du XVIIe siècle comme expression artistique de la Contre-Réforme. Le baroque se distingue du gothique ou de la Renaissance par son goût pour le mouvement, le théâtre, la luxuriance décorative, les contrastes de lumière et d'ombre, et la volonté d'émouvoir le fidèle en engageant tous ses sens. À Nice, ce baroque prend une coloration particulièrement méditerranéenne, influencé par Rome, Gênes et les traditions artistiques piémontaises et ligures.
L'architecte Guiberto prit comme modèles directs l'église Sainte-Suzanne de Rome et, plus largement, la tradition romano-romaine de la croix latine à coupole. Il en résulte un édifice d'une grande unité stylistique, même si les apports successifs des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles y ont superposé des strates supplémentaires.
Plan et organisation générale
L'édifice suit un plan en croix latine orienté vers l'est, disposition traditionnelle dans l'architecture chrétienne médiévale et moderne, symbolisant l'orientation du fidèle vers le soleil levant et, par extension, vers le Christ ressuscité. La croisée du transept est surmontée d'une coupole, élément architectural caractéristique du baroque romain, qui crée un espace de lumière zénithale au cœur de l'édifice. Les bas-côtés bordent la nef centrale et abritent les dix chapelles latérales.
Le dôme et ses tuiles vernissées
L'élément extérieur le plus spectaculaire de la cathédrale est sans conteste son dôme couvert de 14 000 tuiles vernissées colorées à la mode génoise. Ce procédé, typique de l'architecture ligure et niçoise, consiste à recouvrir les tuiles d'un émail coloré qui leur donne des reflets brillants sous la lumière méditerranéenne. La coupole ainsi ornée devient un signal visuel de premier ordre dans le tissu de la vieille ville, renvoyant la lumière du soleil et ponctuant l'horizon niçois.
B. Les éléments les plus intéressants
La façade
La façade, réalisée entre 1825 et 1830, est décrite comme « fortement théâtralisée » : elle est creusée de niches dans lesquelles prennent place des saints tutélaires de la ville. Cette façade à ordonnancement classique et baroque, avec ses pilastres, ses corniches, ses sculptures et ses jeux de volumes, constitue une véritable scène architecturale donnant sur la place Rossetti.
Le campanile (1731–1757)
Le campanile, terme désignant un clocher indépendant ou semi-indépendant du corps de l'église, selon la tradition italienne, fut reconstruit entre 1731 et 1757. Son architecture baroque s'harmonise avec l'ensemble de l'édifice et constitue l'un des éléments les plus photographiés du Vieux-Nice. En 2021, la société Azur Carillon procéda à une restauration du système de sonnerie des cloches et du beffroi. Le 24 mai 2021, le bourdon sonna à la volée pour la première fois depuis cent ans, événement marquant pour la communauté niçoise.
L'intérieur et ses stucs baroques
L'intérieur de la cathédrale est une démonstration flamboyante de l'art décoratif baroque. Les murs, les voûtes et les pilastres sont couverts de gypseries polychromes, stucs peints et sculptés, et de trompe-l'œil (technique picturale créant l'illusion d'une architecture en relief sur une surface plane). Les frises dorées et les stucs élaborés sont l'œuvre de l'artiste italien Pietro Riva, dont le travail habille les parois intérieures d'une richesse ornementale caractéristique du baroque tardif.
La balustrade du chœur en marbre et le maître-autel, surmonté d'une représentation de la Gloire de Sainte Réparate, constituent les pièces maîtresses de l'espace liturgique central. Les restes de la sainte patronne reposent dans la cathédrale depuis 1690, conservés dans une châsse de verre dont les reliques furent authentifiées en 1689. Cette présence des reliques confère au lieu une dimension particulière de pèlerinage.
Les dix chapelles
Les dix chapelles latérales de la cathédrale constituent un véritable musée de l'art baroque niçois des XVIIe et XVIIIe siècles. Jusqu'à la fin du XVIIe siècle, chacune d'elles appartenait à des particuliers ou à des corporations (confréries de métiers) qui avaient la charge de leur entretien et de leur décoration, pratique courante dans l'église catholique post-tridentine. Leurs dédicaces reflètent la piété populaire du temps : la Madone-des-Sept-Douleurs, la Crucifixion, Sainte-Rose-de-Lima, Saints-Alexandre-et-Barthélémy, le Saint-Sacrement, Sainte-Rosalie et la Vierge, Saint-Joseph, Sainte-Réparate, les Quatre-Martyrs-Couronnés et Saint-Jean-Baptiste.
Parmi ces chapelles, celle du Saint-Sacrement (transept nord) est considérée comme portant le baroque à son apogée, s'inspirant directement de l'église Sainte-Suzanne de Rome. La chapelle dédiée à sainte Réparate elle-même abrite des tableaux représentant le martyre de la sainte patronne. La chapelle Sainte-Rose-de-Lima conserve une Pietà polychrome du milieu du XVIIIe siècle et une Crucifixion centrale (1837) de Joseph Provensau.
Les trois orgues
La cathédrale est dotée de trois orgues, fait exceptionnel qui souligne l'importance accordée à la musique dans la vie liturgique du diocèse. Les grandes orgues, placées sur une tribune au-dessus du narthex (vestibule d'entrée), dominent la nef de leur buffet majestueux. Reconstruites par Jean Loup Boisseau en 1974, elles furent inaugurées par le célèbre titulaire Pierre Cochereau et possèdent quatre claviers et soixante-neuf jeux. L'orgue de chœur Florentin Martella est placé à gauche du transept. La titulaire actuelle est Catherine Métayer.
III. Un patrimoine vivant
A. L'intérêt patrimonial
La cathédrale dans l'histoire de Nice
La cathédrale Sainte-Réparate est le témoin privilégié des grandes étapes de l'histoire niçoise. Construite sous la domination savoyarde au XVIIe siècle, elle incarne la prospérité de cette période et le rayonnement de la maison de Savoie dans ses terres alpines et méditerranéennes. Après le rattachement du Comté de Nice à la France en 1860, la République française y investit à travers les travaux d'agrandissement de la fin du XIXe siècle, marquant ainsi la volonté d'intégrer ce symbole religieux dans le patrimoine national.
Plus près de nous, la cathédrale a été le lieu de grandes cérémonies collectives : les funérailles du pilote de Formule 1 Jules Bianchi y furent célébrées en 2015, et le 15 juillet 2016, une messe au suffrage des victimes de l'attentat commis la veille sur la Promenade des Anglais y fut célébrée par plusieurs évêques, en présence de nombreuses personnalités politiques nationales. Ces événements rappellent que la cathédrale demeure un espace de rassemblement collectif dans les moments de deuil ou de commémoration.
Valeur culturelle et identitaire
La dévotion à sainte Réparate est constitutive de l'identité niçoise. Elle traverse les siècles, les changements de souveraineté, Nice a appartenu à la Savoie jusqu'en 1860, et les évolutions de la société. La cathédrale, comme lieu physique de ce culte, est indissociable de la mémoire de la cité. Elle dialogue avec le dialecte niçois (on dit Santa-Reparada en niçois), avec l'art culinaire local, avec les fêtes traditionnelles et avec la profonde méditerranéité de la culture niçoise.
Protection patrimoniale
La cathédrale est classée monument historique depuis le 9 août 1906 (référence Mérimée PA00080544), comme la quasi-totalité des cathédrales de France en vertu de la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Églises et de l'État. En 1949, sous le pontificat de Pie XII, elle fut en outre élevée au rang de basilique mineure, titre honorifique accordé par le Saint-Siège à certaines églises catholiques présentant une importance particulière sur le plan religieux et artistique. Ce double statut, monument historique et basilique mineure, confère à la cathédrale une protection et une reconnaissance à deux niveaux, civil et ecclésiastique.
B. La cathédrale aujourd'hui
Une vie liturgique active au cœur de la ville
Siège du diocèse de Nice, la cathédrale Sainte-Réparate est ouverte tous les jours de 9h à 12h et de 14h à 18h. Elle accueille régulièrement des messes (du mardi au samedi à 9h, le samedi à 18h pour la messe anticipée, le dimanche à 11h pour la grand-messe), des sacrements, des célébrations diocésaines et des ordinations. Sa position centrale dans le Vieux-Nice lui assure une fréquentation quotidienne de fidèles comme de touristes.
Un pôle touristique majeur
La place Rossetti, sur laquelle s'ouvre la façade de la cathédrale, est l'une des places les plus fréquentées du Vieux-Nice, prisée pour ses terrasses et ses commerces. Des milliers de visiteurs passent chaque jour devant le portail de la cathédrale. Elle est régulièrement inscrite dans les circuits touristiques et les guides consacrés à Nice, et constitue l'une des visites incontournables pour quiconque s'intéresse à l'histoire et à l'art de la région
IV. Les enjeux actuels
Un programme de restauration de grande envergure (depuis 1973)
Tableau - Interventions de l'État sur la Cathédrale Sainte-Réparate de Nice (1989–2025)
|
Période / Opération |
Montant total |
Part État |
Taux couverture |
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Décennie 1989 – 1999 |
802 358 € |
802 358 € |
100 % |
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Décennie 2000 – 2009 |
2 455 498 € |
2 152 449 € |
88 % |
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Décennie 2010 – 2019 |
4 150 683 € |
4 150 683 € |
100 % |
|
2020 — Étude diagnostic sécurité incendie [invest.] |
14 832 € |
14 832 € |
100 % |
|
2020 — Entretien MH État [fonct.] |
55 000 € |
55 000 € |
100 % |
|
2021 — Mise en sécurité, dôme & transept [invest.] |
1 017 000 € |
1 017 000 € |
100 % |
|
2021 — Entretien MH État + OM cathédrale [fonct.] |
82 338 € |
82 338 € |
100 % |
|
2022 — Cloisons, plafond CF & coord. SSI [invest.] |
27 882 € |
27 882 € |
100 % |
|
2022 — Entretien MH État [fonct.] |
70 000 € |
70 000 € |
100 % |
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2023 — Entretien MH État [fonct.] |
70 000 € |
70 000 € |
100 % |
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2024 — Entretien MH État [fonct.] |
50 000 € |
50 000 € |
100 % |
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2025 — Menuiseries lot 3, dôme/transept [invest.] |
21 552 € |
21 552 € |
100 % |
|
2025 — Entretien MH État [fonct.] |
60 000 € |
60 000 € |
100 % |
|
Total général |
9 889 294 € |
9 605 785 € |
97 % |
Source : DRAC Provence-Alpes-Côte d'Azur, Bilan des interventions
L'histoire récente de la cathédrale Sainte-Réparate est marquée par une préoccupation constante pour sa conservation et sa restauration. Dès 1973, des travaux de restauration et de mises hors d'eau furent entrepris. Depuis les années 2000, à la demande de la DRAC PACA, des interventions importantes furent conduites sous la maîtrise d'œuvre de l'architecte Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des monuments historiques :
-
Consolidation des caveaux (caves funéraires en sous-sol), qui menaçaient de provoquer des effondrements du sol de la cathédrale ;
-
Restauration du campanile, dont la stabilité structurelle était compromise ;
-
Restauration de la façade principale (2011–2012), entièrement financée par le Département des Alpes-Maritimes ;
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Restauration générale des décors intérieurs (à partir de 2009), intégrant la mise en conformité électrique, financée par l'État propriétaire sur des crédits du Ministère de la Culture.
Au total, ce sont plus de six années de travaux, échelonnés entre 2009 et 2015 environ, qui ont permis de redonner à l'édifice l'intégralité de son éclat baroque, des gypseries et stucs intérieurs jusqu'aux parements extérieurs.
En avril 2021, la restauration du système de sonnerie des cloches fut réalisée par la société Azur Carillon. Le 24 mai 2021, le bourdon sonna à la volée pour la première fois depuis un siècle, un événement symbolique fort, témoignant de la vitalité de la vie autour de l'édifice.
Des défis permanents pour la préservation
L'entretien d'un édifice baroque de cette envergure, avec ses gypseries fragiles, ses stucs, ses peintures, ses menuiseries sculptées, ses orgues, représente un défi permanent. L'humidité méditerranéenne, les variations thermiques et la fréquentation touristique intense contribuent à l'usure des matériaux. La cathédrale Sainte-Réparate illustre ainsi la problématique commune à la plupart des monuments historiques religieux français : la nécessité de mobiliser régulièrement des financements publics importants (État, collectivités territoriales) pour assurer la pérennité d'édifices dont les dimensions et la complexité dépassent les seules capacités du diocèse.
La question des risques d'incendie, dramatiquement illustrée par l'accident de 1989, et rappelée à l'échelle nationale par l'incendie de Notre-Dame de Paris en 2019, constitue également un enjeu majeur pour les équipes en charge de la conservation de la cathédrale niçoise.
Valorisation et médiation culturelle
La cathédrale est un acteur de la vie culturelle niçoise au-delà de sa seule vocation liturgique. Elle accueille des concerts de musique sacrée, bénéficiant d'une acoustique remarquable et de ses trois orgues de grande qualité. La présence de Pietro Cochereau, l'un des plus grands organistes du XXe siècle, lors de l'inauguration des grands orgues en 1974, témoigne du prestige musical attaché à l'instrument et à l'édifice. La médiation et la valorisation auprès des publics scolaires, des touristes et des amateurs d'art baroque constituent un enjeu croissant dans la politique culturelle du diocèse et des collectivités.
Conclusion
La cathédrale Sainte-Réparate de Nice est l'un des joyaux du patrimoine baroque méditerranéen français. Son histoire est celle de Nice elle-même : une ville longtemps savoyarde, italianisante dans ses formes artistiques et architecturales, profondément attachée au culte de sa sainte patronne, avant de rejoindre la France en 1860 et d'inscrire son patrimoine dans la politique nationale de protection des monuments historiques.
Construite entre 1649 et 1699 selon les canons du baroque romano-ligure, enrichie tout au long des XVIIIe et XIXe siècles d'un campanile, d'une façade théâtralisée et d'un agrandissement de son chœur, la cathédrale offre aujourd'hui une synthèse exceptionnelle de plusieurs siècles d'art et de dévotion. Ses dix chapelles baroques, ses stucs de Pietro Riva, ses trois orgues, son dôme aux 14 000 tuiles vernissées et ses reliques de la sainte patronne en font un édifice d'une richesse rare.
Classée monument historique depuis 1906 et élevée au rang de basilique mineure en 1949, elle a fait l'objet d'une ambitieuse campagne de restauration entre 2009 et 2015 qui lui a restitué tout son éclat. Sa transmission aux générations futures exige une vigilance constante, des financements durables et une médiation active capable de faire vivre ce patrimoine au-delà du seul cercle des fidèles, dans toute la diversité de la société niçoise et des visiteurs du monde entier qui arpentent quotidiennement la place Rossetti.
Sources et bibliographie
Sources institutionnelles
Ministère de la Culture – Base Mérimée
-
Notice PA00080544 : Cathédrale Sainte-Réparate, Nice (Alpes-Maritimes). Base Mérimée, ministère de la Culture. Consultable en ligne : https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00080544 (consulté en juin 2026).
DRAC Provence-Alpes-Côte d'Azur – Ministère de la Culture
-
« Cathédrale Sainte-Réparate – Nice, Alpes-Maritimes », Portraits de la relance en région, DRAC PACA, Ministère de la Culture. URL : https://www.culture.gouv.fr/regions/drac-provence-alpes-cote-d-azur/actualites/portraits-de-la-relance-en-region/Cathedrale-Sainte-Reparate-Nice-Alpes-Maritimes (consulté en juin 2026).
Département des Alpes-Maritimes
-
« Cathédrale Sainte-Réparate », Conseil Départemental des Alpes-Maritimes. URL : https://www.departement06.fr/cathedrale-sainte-reparate (consulté en juin 2026).
Diocèse de Nice – Site officiel de la cathédrale
-
Cathédrale Sainte-Réparate de Nice, site officiel. URL : https://cathedrale-nice.fr (consulté en juin 2026).
Musée du Patrimoine de France
-
Notice « Cathédrale Sainte-Réparate de Nice, Alpes-Maritimes », Musée du Patrimoine de France. URL : https://museedupatrimoine.fr/cathedrale-sainte-reparate-de-nice-alpes-maritimes/353.html (consulté en juin 2026).
Trésors de Nice – Ville de Nice
-
« Cathédrale Sainte-Réparate. Façade sur la place Rossetti », Trésors de Nice. URL : https://tresors.nice.fr/oeuvre/cathedrale-sainte-reparate-facade-sur-la-place-rossetti (consulté en juin 2026).
Ouvrages et articles académiques
Histoire locale et régionale
-
THÉVENON, Luc. Du château vers le Paillon. Le développement urbain de Nice de la fin de l'Antiquité à l'Empire. Nice : Serre éditeur, coll. « Forum d'Urbanisme et d'Architecture », 1999 (ISBN 2-86410-302-8). [Référence sur l'évolution urbaine de Nice et l'histoire du site cathédral.]
-
NIEL, Fernand. Nice et son histoire. Nice : Éditions Serre, 1988. [Synthèse sur l'histoire de Nice incluant l'histoire religieuse de la cité.]
-
BOTTARO, Alain (dir.). Nice baroque. Nice : Serre éditeur, 2003. [Étude spécialisée sur l'art baroque niçois, avec développements sur la cathédrale.]
Architecture baroque et patrimoine religieux
-
BLUNT, Anthony. Art et architecture en France (1500–1700). Paris : Macula, 2003. [Manuel de référence sur l'art baroque en France, avec contexte européen.]
-
MIGNOT, Claude ; RABREAU, Daniel (dir.). Architecture de la France. Histoire de l'art de la Renaissance à nos jours. Paris : Flammarion, 2004. [Synthesis sur l'architecture française, dont les références baroques méridionales.]
-
COSTE, Anne. L'architecture gothique : lectures et interprétations d'un modèle. Saint-Étienne : Publications de l'Université de Saint-Étienne, 1997. [Pour le contexte plus large de l'architecture religieuse française.]
Art baroque méditerranéen et niçois
-
MOREL, Philippe. L'art baroque. Espagne, Portugal, Italie, Flandres, France, Allemagne, Angleterre. Paris : Terrail, 1991. [Panorama de l'art baroque européen, utile pour situer la cathédrale dans son contexte.]
-
NATTIER, Nathalie. L'art baroque en Provence et sur la Côte d'Azur, in Revue de l'Art, n° 142, 2003. [Article de référence sur le baroque régional.]
Orgues
-
Notice « Orgues de la cathédrale Sainte-Réparate de Nice », Inventaire des orgues de France, DRAC PACA. [Référence pour la facture instrumentale et l'historique des orgues.]
Architecture – Maîtrise d'œuvre de restauration
-
GATIER, Pierre-Antoine (ACMH). Notice de présentation du chantier de restauration de la cathédrale Sainte-Réparate de Nice. URL : https://gatier.fr/projets/cathedrale-sainte-reparate-nice/ (consulté en juin 2026).
-
MADELÉNAT, Antoine (ACMH). Notice de présentation des travaux de restauration de la charpente, de la toiture et du tambour du dôme. URL : https://madelenat.archi/projets/cathedrale-sainte-reparate-a-nice-06/ (consulté en juin 2026).