Fort Queyras - Château-Ville-Vieille (05)

Fort Queyras - Château-Ville-Vieille (05)

Article rédigé le 07/07/2026 par DRAC PACA

Des origines médiévales au rattachement à la France
Un château est attesté sur ce piton rocheux dès 1265. En 1275, il devient un château delphinal après son rachat par le Dauphin de Viennois.
Une description de 1339 détaille déjà un donjon sur un "très haut molard", une tour carrée de trois étages et une chapelle, le tout couvert d'échandoles de mélèze. Après le rattachement du Dauphiné à la France en 1349, l'édifice devient le symbole de l'autorité royale face aux bandes de pillards et aux puissances voisines.
En 1633 cependant, le Conseil du Roi ordonne le rasement du fort. Trois mois plus tard, Louis XIII se ravise considérant la place comme "importante à son service et à la sûreté de sa frontière". Ce maintien est pourtant mal vécu par la population locale, qui doit supporter le coût exorbitant des travaux et de l'entretien de la garnison.

Le siège de 1692 et l'empreinte de Vauban
Le tournant majeur de son histoire survient en août 1692. Lors de l'invasion du Dauphiné par les troupes austro-sardes du duc de Savoie, le fort est assiégé par Schomberg. Pour déloger les assaillants installés dans le village du Collet, la modeste garnison de M. de Lesches utilise un stratagème : un jeune garçon descend du fort à l'aide d'une corde pour mettre le feu aux maisons du village. Chassé par les flammes, l'ennemi doit se replier.
Suite à cet acte de résistance, Vauban visite Château Queyras à deux reprises (1692 et 1700). Bien qu'il reconnaisse les faiblesses stratégiques du site (dominé par les montagnes environnantes), il transforme l’édifice médiéval en une place forte "moderne". Il conçoit une extension majeure sur le plateau Ouest, de nouvelles enceintes aux fronts Nord et Est, ainsi qu'un système de fossés et de demi-lunes pour sécuriser l'accès.

La place forte aux XVIIIe et XIXe siècles
Le visage actuel du fort doit beaucoup aux travaux de l'ingénieur Godinot de Vilaire en 1782, qui achève de "fermer la place" avec l'enceinte du plateau bas-côté Sud. Entre 1817 et 1834, les efforts militaires portent sur l'amélioration des conditions de vie de la garnison (chauffage, lits en fer, adduction d'eau en fonte). Face aux progrès de l'artillerie rayée, deux batteries casematées de type Haxo sont construites entre 1841 et 1846. Ces ouvrages voûtés à l'épreuve des bombes sont destinés à interdire les plateaux environnants et la rive gauche du Guil.

Fort Queyras au XXe siècle : occupé, désaffecté, visité
Au XXe siècle, le fort est occupé par les chasseurs alpins et des sections d'éclaireurs-skieurs. De nouveaux bâtiments (des casernes, un réfectoire, une cuisine) sont ajoutés sur le plateau Ouest entre 1930 et 1940. Désarmé après la Seconde Guerre mondiale et transformé un temps en colonie de vacances, le fort est finalement vendu en 1967 par les Domaines à un propriétaire privé puis passe de mains en mains.

Un patrimoine qui inspire
Inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1948, Fort Queyras reste aujourd'hui un site de visite prisé, rare synthèse entre fortification féodale et génie militaire moderne. Le propriétaire actuel, très investi, a initié des travaux d’envergure du Fort et a sollicité un classement au titre des Monuments Historiques de ce joyau architectural qui inspira un bon nombre de graveurs du XIXe siècle lesquels contribuèrent à diffuser sa silhouette spectaculaire au-delà des frontières alpines.

Le soutien financier de la DRAC Provence-Alpes-Côte d'Azur

Depuis 2024, la DRAC Provence-Alpes-Côte d'Azur accompagne financièrement les campagnes de restauration du Fort Queyras, selon une programmation ajustée année après année entre travaux d'urgence sanitaire et opérations de sauvetage patrimonial. Le tableau ci-dessous récapitule les principales interventions et la part prise en charge par l'État.

Année 

Nature 

Libellé 

Montant 

Part État 

2026 

Investissement 

Restauration du bastion Nord-Est 

346 491,00 € 

103 947,30 € 

2026 

Investissement 

Restauration des toitures et de la poudrière 

485 780,00 € 

145 734,00 € 

2025 

Fonctionnement 

Travaux d'urgence sanitaire (poudrière, donjon, bastion ouest) 

48 930,83 € 

19 572,33 € 

2025 

Investissement 

Restauration des parements du bastion Nord-Ouest 

300 867,00 € 

90 260,00 € 

2024 

Fonctionnement 

Sécurisation d'urgence des remparts ouest et est 

75 732,00 € 

30 292,80 € 

2024 

Fonctionnement 

Études patrimoniale et architecturale 

78 300,00 € 

31 320,00 € 

Total 

 

 

1 336 100,83 € 

421 126,43 € 

Source : DRAC Provence-Alpes-Côte d'Azur, Bilan des interventions — Fort de Château-Queyras